Jean Hugo

Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole - photographie Frédéric Jaulmes

Le mangeur au chandail rayé


La page Jean Hugo est introduite par un autoportrait de 1940, Le mangeur au chandail rayé, huile sur toile de 47 x 33 cm conservée au musée Fabre de Montpellier.

Cette œuvre jalonne le cheminement de l’artiste entre son repli dans son mas de Fourques en Petite-Camargue en 1929, son baptême de 1931 et son mariage de 1949. Point focal de la composition, sur le fond sombre du mur : le regard du mangeur, lourd l’inquiétude face à un monde en guerre, en rupture avec la nature et son Créateur.
Sur le plan symbolique, la cheminée sans flamme ni décoration est le lieu du feu potentiel, symbole de la création. En dessous, la cruche, réceptacle de l’eau ou du vin, lieu de la vie. A côté, sur la table, les figues, ingrédients de la survie. En haut à droite, fermant le cercle, la poitrine et le visage du peintre devant le mur sombre et nu.

© Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole – photographie Frédéric Jaulmes

Fils de Georges Hugo et de Pauline Ménard-Dorian, arrière-petit-fils de l’écrivain Victor Hugo et du maître de forges Pierre-Frédéric Dorian, Jean Hugo nait sous une bonne étoile : après la mort de Victor, au croisement de l’art et de la fortune. Il n’a pas d’enfant de son premier mariage en 1919 avec Valentine Gross, peintre et illustratrice, amie de Raymond Radiguet, Jean Cocteau, Paul Eluard, André Breton… Il aura deux fils et cinq filles, de son mariage trente ans plus tard, en 1949, avec une jeune Anglaise de passage à Fourques.
Son existence est connue par deux volumes de récits autobiographiques, une œuvre peinte sous-estimée, les témoignages toujours succincts de ses amis artistes et, signe des temps, quelques enregistrements vidéo. Ses carnets ne sont pas publiés intégralement, sa correspondance non plus, loin s’en faut. Il n’a pas suscité de biographie.

La légende s’estompe à la troisième génération derrière le grand ancêtre. De Jean Hugo, elle retient les amitiés avec Picasso, Radiguet, Auric, Satie…, le premier mariage avec leur amie Valentine, les décors de théâtre pour Cocteau et Diaghilev, le repli ensuite quelque part en Camargue et, plus vaguement encore, la peinture « minimaliste ». Peu de chose par rapport aux poids réels de l’homme et de l’œuvre.

Cette page tente d’y remédier en mettant à disposition quelques données de base sur la vie, l’œuvre et l’actualité de l’artiste, en collaboration avec son ami Jean-Louis Meunier et les conservateurs du musée Fabre de Montpellier, du musée Pierre-André Benoît d’Alès, du fonds Valentine Gross de Boulogne-sur-Mer, de la Maison Jean Cocteau de Milly-la-Forêt…

Logo du Musée Fabrelogo-musee-jean-cocteau

Bibliographie & Chronologie


Bibliographie de Jean Hugo
Consulter la fiche pdf
Chronologie de Jean Hugo :
Consulter la fiche pdf

Le contexte familial


Parcourir les quatre-vingt-dix ans de la vie de Jean Hugo, c’est se promener à travers le 20ème siècle en compagnie de ses grands artistes : les écrivains Blaise Cendrars, Jean Cocteau, Paul Eluard, Raymond Radiguet… les peintres Jean Arp, André Derain, Max Ernst, Winifred Nicholson, Pablo Picasso… les musiciens Eric Satie, Georges Auric, Darius Milhaud, Francis Poulenc, les poètes Max Jacob, Cecil Beaton, Paul Eluard… Jean Hugo s’implique dans ses amitiés : il est bouleversé à la mort de Radiguet, il sort de l’alcoolisme et accompagne le cheminement vers la lumière de Jean Bourgouint, l’enfant terrible de Cocteau. Lui-même va se convertir au catholicisme et assister, et participer à la messe quotidiennement du jour de son baptême en 1931 à la fin de sa vie terrestre en 1984. Pendant plus d’un demi-siècle.

Henri Gourdin, Les Hugo, 2016

Musées


Musée Fabre de Montpellier

logo musee fabre de montpellierLe musée Fabre a enrichi son fonds Jean Hugo par l’acquisition en vente publique en mars 2016 d’une gouache titrée Intérieur d’artiste complétant sa collection d’études de décors de théâtre, un domaine où l’artiste s’est illustré d’un bout à l’autre de sa carrière, entre le ballet-pantomime Les mariés de la tour Eiffel de Jean Cocteau en 1921 et l’opéra-ballet Daphnis et Alcimadure sur musique de Mondonville de 1754 donné au premier festival de danse de Montpellier en 1981 dans une mise en scène de Jacques Bioulès et une chorégraphie de Dominique Bagouet (dont le musée Fabre conserve quatre maquettes sous forme de gouaches sur carton). Le musée renforce ainsi sa position de premier collectionneur public de cet artiste avec 28 œuvres dont quelques incontournables : L’homme à la pâquerette de 1921, L’imposteur de 1931, Saint-Antoine demandant son chemin à un centaure de 1931, La Baie des trépassés au Tréboul de 1932, Le puits de 1933…

La salle Jean Hugo du musée Fabre accueille habituellement une sélection d’œuvres de Jean Hugo : les dernières acquisitions du fonds Hugo du musée, par exemple, pour célébrer en 2014 le 30ème anniversaire de la mort de l’artiste.

Musée Fabre de Montpellier

Le musée Paul Valéry de Sète

Le musée Pierre-André Benoit d’Alès

Le musée Paul Valéry de Sète

musee-paul-valery-sete-logoLe musée Paul Valéry de Sète conserve quatre tableaux de Jean Hugo : La plage d’Estartit de 1957, Les joueurs de boules et deux Port de Sète. L’Art Gallery of Ontario à Toronto en a deux : La fille du Berger de 1939 et Cafetière et fruits devant la fenêtre de 1961.

L’intérieur du peintre est un thème récurrent dans l’œuvre de Jean Hugo. Citons parmi d’autres :

  • Le peintre dans son atelier, tempera sur toile de 1929
  • L’atelier de la rue de Washington, gouache sur papier de 1930
  • L’atelier du presbytère, huile sur toile de 1957.

Le musée Pierre-André Benoit d’Alès

logos-musee-pabL’exposition de l’été PAB, le cœur à l’ouvrage du musée PAB d’Alès-en-Cévennes présente plusieurs livres d’artiste issus de la longue collaboration (de 1948 à 1984) entre Jean Hugo et le poète-éditeur Pierre-André Benoît.

Jean Hugo a mêlé son calme presque monstrueux au tumulte des entreprises de notre jeunesse. II était, il reste l’image même de cette modestie parfaite des enlumineurs, chez qui la vérité quotidienne l’emporte sur les grâces décoratives. Sa main puissante, son gros œil jupitérien, son olympisme en quelque sorte, n’usent pas de foudres, mais de petites gouaches si vastes qu’on dirait que leur taille résulte d’un simple phénomène de perspective.

Jean Cocteau

C’est très net, finement dessiné. Le grand-père affectionnait le burg, le petit-fils préfère le mas, la petite maison sans complication, aux toits et aux murs faits pour le soleil. Et dans ces coins de Provence, si petits si familiers, où l’on croit être transporté soi-même voici que surgissent des centaures, coiffés de chapeaux plus ou moins pointus.

L’abbé Arthur Mugnier

Jean Hugo a passé sa jeunesse dans ce monde doré des grandes familles de la Troisième République, les Berthelot, les Favre, les Renan, les Daudet, monde dont il s’est écarté pour venir vivre assez solitaire à Lunel. Ses œuvres sont beaucoup plus connues, et prisées, en Amérique qu’en France, où il souffre encore un peu d’être éclipsé par son nom. Je le considère comme un grand peintre, et un grand peintre relativement méconnu.

Gustave Thibon

Le tempérament artistique de Jean Hugo se tient en dehors de toutes les modes. L’œuvre de Jean Hugo fait songer aux merveilleux résultats que produirait le délassement de quelque prince des temps anciens, tel qu’on en trouve dans les Contes des Mille et une Nuits.

Paul Morand

L’écrivain-philosophe-éditeur-journaliste-diplomate

Actualités de Jean Hugo


Jean Hugo au musée Fabre de Montpellier

logo musee fabre de montpellierAprès l’intermède de l’exposition Bazille, la salle 44 du musée Fabre de Montpellier a retrouvé son dédicataire avec douze œuvres majeures des collections du musée :

 

  • Le mangeur au chandail rayé, huile sur toile de 1940
  • L’imposteur, tempera sur bois de 1931
  • Kew Garden, gouache sur papier non datée
  • La baie des trépassés, tempera sur carton de 1931
  • L’homme à la pâquerette, huile, collage et technique mixte de 1921
  • Sur le port, huile, sable et technique mixte sur bois de 1927
  • Soulagets, huile sur toile de 1972
  • Les carrières de Beaulieu, huile sur carton de 1953
  • La défonceuse, huile sur toile de 1956
  • Saint Antoine demandant son chemin à un centaure, huile sur toile de 1933 environ
  • Le puits, huile sur toile de 1933 environ
  • Le mois de Marie, huile sur toile de 1933

La vie de Saint Dominique

Jean Hugo a créé des cartons de vitraux pour une demi-douzaine de sanctuaires en France et en Belgique : l’église abbatiale du couvent de la Sarte à Huy entre 1936 et 1939, un oratoire privé à Meudon en 1952, l’église Saint-Flavien du Mourillon à Toulon et la chapelle de la Maison de Saint-Dominique à Fanjeaux dans l’Aude en 1955, l’église Saint-Pierre de Nant dans l’Aveyron en 1980. En illustrant le plus souvent des épisodes de la vie des saints : saint Dominique, saint Albert, saint Thomas et sainte Catherine de Sienne à Huy, Notre-Dame de Lourdes, sainte Hélène, sainte Agnès et sainte Thérèse à Meudon, saint Dominique à Fanjeaux, saint Pierre à Nant.

L’œuvre de Fanjeaux, haut-lieu de la vénération dominicaine, est une commande du RP Alex-Ceslas Rzewuski, portraitiste renommé des Années folles avant sa conversion au catholicisme, ami de Jean Hugo, vicaire de l’abbaye de Prouilhe à Fanjeaux à partir de 1950. Elle figure six épisodes de la vie du saint sur ces lieux où naquit sa vocation et où il fonda sa première communauté monastique. Elle fut présentée le 5 novembre dernier par le RP Renaud de la Province dominicaine de Toulouse aux participants du colloque sur Les Hugo organisé par l’Association culturelle du Razès-ACR.

Le cornet à dés

Le Cornet a dés écrit par Max Jacob et illustré par Jean Hugo

Le Cornet a dés écrit par Max Jacob et illustré par Jean Hugo

La France commémorera en 2017 la première publication en 1917 du Cornet à dés de Max Jacob, dont l’édition de luxe chez Gallimard en 1948 fut illustrée de 113 gouaches… par Jean Hugo.

Le Cornet à dés a fait l’objet de plusieurs éditions, dont l’une illustrée par Picasso d’un portrait de Max Jacob. Entre les quatre gravures au burin des Joues en feu de Radiguet en 1920 et les deux dessins de L’Âge d’or selon Jean Hugo de Jean-Pierre Geay en 1984, Jean Hugo a illustré une centaine de livres dont la moitié pour son ami le poète et éditeur d’art Pierre-André Benoit à partir de leur rencontre en 1948. Quelques sommets dans ce massif : les éditions illustrées du théâtre de Jean Cocteau en 1927, Le Perroquet Vert de Marthe Bibesco et Climats d’André Maurois en 1929, l’Inland Voyage de Robert-Louis Stevenson en 1938.